Suite au podcast On Cause intitulé « Rencontrer Dieu au cœur du silence », que nous avons même hésité à titrer de façon moins poétique « L’intériorité pour les nuls » je voulais refaire quelques articles sur le sujet.
Celui-ci aborde la première question : qu’est-ce que l’intériorité ?
L’intériorité, quézako ?
Tout d’abord, si vous arrivez sur ce blog pour la première fois et que vous n’avez jamais entendu parler de ce mot « intériorité », vous vous demandez peut-être de quoi il s’agit.
J’utilise le mot « intériorité » dans cet article, mais d’autres parlent de pratique de la présence de Dieu, d’union mystique, de contemplation, de vie intérieure ou encore de prière du cœur.
Née dans un milieu évangélique, tous les termes qui ne faisaient pas partie du vocabulaire habituel de ma famille de foi me repoussaient, car j’y voyais rapidement une forme de danger. C’est peut-être aussi votre cas, quel que soit votre milieu d’origine religieuse.
Quand certains mots font peur
Je vous donne un exemple.
Pour certains, le mot « Dieu » est familier et rassurant. C’est celui que j’utilise le plus quand je parle à d’autres, par habitude mais aussi pour me faire comprendre.
En revanche si l’on parle du « Divin », de la « Présence », du « Je Suis », ou encore de l’« Être », chez certains, des alarmes rouge s’allument ! D’autres vont se crisper en entendant des expressions comme « énergie », « souffle » ou encore « respiration ». Ces mots sont pourtant présents dans la Bible, mais ils ont parfois été utilisés ailleurs, notamment dans les courants orientaux ou new age. Par prudence ou par peur, on rejette tout ce qui ne sonne pas “chrétien” selon nos repères.
Le mot “mystique”
Un autre “gros mot” qui peut faire fuir, c’est le mot « mystique ». D’ailleurs, adolescente, je disais parfois : « Mais attention… je ne suis pas mystique ! »
À l’époque, ce mot avait une connotation négative pour moi, car il évoquait quelque chose d’illuminé. Aujourd’hui, je l’entends comme « vivre Dieu de l’intérieur » et je serais heureuse d’être comptée parmi les mystiques de notre génération.
Le mot mystique vient du grec mystikos, dérivé de mustérion, un terme que l’on retrouve 27 fois dans la Bible. Ce mot signifie “mystère”, dans le sens d’une réalité divine cachée que seul l’Esprit peut révéler intérieurement.
Le Royaume est au-dedans de nous
La notion d’intériorité n’est ni une idée nouvelle ni une pratique récente.
C’est simplement un mot qui décrit le chemin par lequel une personne apprend à se tourner vers l’intérieur d’elle-même pour y rencontrer Dieu, présent au plus profond de son être.
On parle alors d’un « retournement » de l’âme, premier sens du terme grec « epistrepho » traduit dans nos bibles par « conversion ». Les Pères du désert, saint Augustin, Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Maître Eckhart, Thomas Merton, Maurice Zundel (pour ne citer qu’eux) en parlaient déjà à leur époque, pas si lointaine de nous pour les derniers listés.
Si on devait résumer l’intériorité en une phrase, ce serait l’invitation de Jésus à chercher le Royaume et sa justice. Et où se trouve ce Royaume ? Il nous le dit :
« Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous. » (Luc 17:21)
Le retour vers le cœur
L’intériorité, c’est le chemin du retour vers le cœur, là où Dieu demeure déjà.
Et je crois, comme beaucoup d’autres (et ils sont de plus en plus nombreux aujourd’hui) qu’il y a un appel, une urgence même, à revenir “à la maison”, à retrouver le Créateur en nous, à nous trouver en Lui, et à permettre ainsi à Christ de s’exprimer librement à travers nous.
En pratiquant l’intériorité, nous entrons dans la conscience de la Présence de Dieu en nous. Cette conscience n’est plus une adhésion mentale, comme lorsque nous déclarons : « Christ vit en moi », car cela est écrit dans la bible. Cela devient un fait conscient, une réalité vécue et perçue intérieurement, sans même pouvoir réussir à l’exprimer parfaitement avec des mots.
Et je suis même convaincue qu’il existe des niveaux de conscience de la Présence divine en nous, Jésus nous ayant révélé la plus profonde et constante. Et impactante.
Un christianisme souvent tourné vers l’extérieur
Sans nous en rendre compte, nous vivons très souvent un christianisme extérieur : à travers nos rites, nos traditions, nos émotions ou nos expériences spirituelles. Nous cherchons Dieu dans les manifestations, les paroles prophétiques ou d’autres signes visibles. Bien sûr, beaucoup de ces manifestations sont authentiques ! Il ne s’agit pas ici de les renier, des les critiquer, de les annuler ou de les mépriser.
Mais il nous faut reconnaître que nous sommes plus souvent dans une communication avec Dieu plutôt que dans la communion – ‘comme union‘.
Nos pratiques chrétiennes reposent davantage sur ce que nous ressentons ou faisons que sur ce qu’Il est en nous et qui nous sommes en Lui.
Le Fleuve
J’aime les allégories, et en voici une qui m’est venue.
Prenons Dieu comme un Fleuve, ou la Source.
– Certains ne croient pas en son existence. Ils ne le cherchent donc pas.
– D’autres y croient, mais ne le cherchent pas. Ils vivent une croyance, plus qu’une foi vivante.
– D’autres encore, animés d’une foi sincère, ont trouvé le Fleuve. Ils y boivent parfois, ils partagent l’eau avec d’autres (par une parole, une guérison, une action inspirée). Mais beaucoup ne réalisent pas qu’ils se tiennent encore au bord du Fleuve.
Nous restons bien souvent à la périphérie, et loin de moi l’idée de juger qui que ce soit, c’est encore souvent mon cas. C’est pourquoi nous pouvons nous sentir las, fatigués, assoiffés, malgré nos oeuvres et nos prières.
L’appel pour chacun est simple : plonger dans le Fleuve, se laisser couler, porter. Abandonner tout… par désir du Tout.
Quand nous sommes à côté du Fleuve, nous sommes en communication.
Quand nous plongeons, nous vivons l’Union.
Nous ne cherchons plus à recevoir ou à donner de l’eau du Fleuve, ni même à offrir à Dieu sa propre eau.
Nous cherchons simplement l’union avec le Fleuve et nous laissons guider par Son courant.
Comment vivre l’intériorité ?
Il serait impossible de résumer cela en un article. Beaucoup ont déjà enseigné sur le sujet et d’autres continuent de le faire. Je me sens d’ailleurs profondément enrichie par ces auteurs et enseignants qui, encore aujourd’hui, invitent à la rencontre.
Je vous en dis quelques mots quand même.
L’intériorité n’est ni une méthode ni une technique.
L’intériorité, c’est se laisser conduire au cœur du cœur, en abandonnant nos projections, nos images, nos concepts, nos traditions.
Se tourner vers Dieu à l’intérieur de soi, c’est faire silence. Mais ce n’est pas un vide de pensées non plus. C’est une recherche sincère qui n’a pas vocation à vivre absolument des expériences, mais juste à rencontrer la Présence à Sa manière à Lui.
C’est accepter qu’Il soit silencieux, et qu’Il habite ce silence, tout simplement. C’est accepter que certainement rien ne s’extériorisera, ni pendant ni après.
Respirer sous l’eau
Dans le tome 2 et 3 de La Cité, où je parle davantage du Fleuve, on apprend qu’on peut respirer sous l’eau. L’eau nous entoure, l’eau nous remplit. Et quand nous respirons dans cet état, la Source nous imprègne de l’intérieur. Dans ce Fleuve, nous sommes purifiés.
Cette immersion nous transforme, même si nous ne ressentons rien de spécial. Dans cette « pratique », Dieu travaille en nous, le plus souvent silencieusement.
Cette œuvre intérieure finit toujours par se manifester à l’extérieur, dans nos gestes, nos paroles, nos relations.
Car si cette pratique de l’union devient régulière, les fruits apparaitront.
Les fruits de l’Esprit
Comme je l’ai dit juste avant, l’intériorité est un chemin de transformation. Elle conduit à reconnaître la présence divine en soi, à rencontrer l’Amour, et à vivre, agir et aimer à partir de cette union intérieure avec Dieu… sans forcer. Peu à peu, nous quittons le faire, et nous passons petit à petit du paraître à l’Être.
« Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur et la maîtrise de soi. » (Galates 5:22)
Le retournement de l’âme vers Celui qui est notre Vie produit d’abord les fruits de l’amour : le pardon, la compassion, l’unité…
Et lorsque ces fruits intérieurs mûrissent, ils finissent naturellement par déborder au-dehors, à travers les signes que Jésus lui-même manifestait.
Il ne s’agit pas ici d’annuler, de mépriser ni même de hiérarchiser les manifestations extérieures ni même de juger toutes les intentions et motivations. Il s’agit simplement de remettre l’accent sur la Source, sur la force intérieure qui doit nous pousser à l’action : l’Amour de Dieu en nous.
Une urgence à revenir au cœur
Nous vivons une époque où tout semble s’accélérer. Nous sommes saturés de divertissements, d’images, de mots et il devient vital d’apprendre à entrer dans le repos du cœur. Et je parle pour moi en premier.
Je pressens un basculement, peut-être même un effondrement. Mais c’est une immense opportunité : celle de construire nos “églises intérieures”, comme le disait Annick de Souzenelle. Au lieu de simplement survivre, il nous faut apprendre à vivre.
Ciel et terre
Je crois en une nouvelle terre, en le retour de Christ qui commence dans le cœur.
Je crois en ce ciel qui vit en nous, en ce Royaume intérieur, à chercher et à vivre ici et maintenant.
Je suis pleine de joie et d’espérance. Même si les temps que nous traversons peuvent sembler troublants, plusieurs sont en chemin et tant d’autres se lèvent aussi.
Dans le prochain article je développerai quelques barrières à la pratique de l’intériorité, espérant que cela vous aidera à en faire l’expérience, si tel est votre désir.
« Ce qui importe avant tout, c’est d’entrer en nous-mêmes pour y rester seul à seul avec Dieu. »
Thérèse d’Avila
« Tard je t’ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t’ai aimée !
Et voici que tu étais au-dedans de moi, et moi, j’étais au-dehors de moi-même,
et c’est là que je te cherchais… »
Saint Augustin



Merci beaucoup. C’est tellement limpide. Justement je méditer sur l’eau. Nous avons tous était conçu a l’intérieur du ventre d’une femme et dans l’eau. Les bébés savent nager sous l’eau car cet élément leurs est familier. Conversion = epistrepho = revenir a l’eau intérieure revenir au divin intérieur cest revenir a soi . Revenir au commencement , a la source , notre source et réapprendre a vivre a partir de là. Toutes les méthodes de développement personnel, tout les messages sur l’identité ne parviennent n’y parviennent pas car toujours extérieur. Alors merci beaucoup cest tellement beau et libérateur.
❤️ couler dans le fleuve…. »le repos, le bien-être du Coeur… » ❤️