Chercher le Royaume au-dedans – (3) La pratique de l’intériorité

Je termine cette série d’article sur « Chercher le Royaume au-dedans ». Je ne fais qu’effleurer le sujet, mais j’espère que cela éclaire le chemin vers la Rencontre.
Dans le premier article, je résumais ce que nous entendons par le mot intériorité.
Dans le deuxième, j’identifiais les obstacles les plus courants.
Dans ce troisième article, j’aimerais partager quelques conseils qui peuvent aider à vivre l’expérience intérieure.

Petit rappel

La pratique de l’intériorité n’est pas une « méthode ». On ne cherche pas non plus à « ressentir quelque chose » ou à « recevoir quoi que ce soit ». 
On cherche simplement à rencontrer Dieu en nous, à laisser de la place, ou plutôt à entrer dans cet « espace vaste » qu’est le Royaume au-dedans. 
Comme le disait Patrick Fontaine dans le premier podcast de la série « on cause » : « On n’est pas dans du charismatisme intérieur ».

On cherche la Présence, pas les expériences ou les sensations.

Le silence : lieu de la Rencontre

L’intériorité c’est accueillir le silence de Dieu et lui offrir le notre. C’est une forme de prière sans forme, sans image, sans mot.
Il est tout à fait normal d’être submergé par un flot de pensées. C’est simplement que, peut-être pour la première fois pour certains, vous constatez l’étendue du vacarme intérieur.
Rassurez-vous, il ne s’agit pas de « ne plus penser », mais plutôt de ne plus nourrir les pensées. Au fur et à mesure, elles deviendront une sorte de « bruit de fond » comme la tondeuse dans le jardin du voisin ou des enfants qui jouent plus loin.
Les pensées peuvent être là, mais on ne les suit plus. Notre attention est dirigée vers la Rencontre.

Une image simple : les feuilles d’automne

Voici l’image qui m’est venue pour décrire le principe :

Imaginez que vous êtes assis sous un arbre en plein automne et que chaque feuille qui tombe est une pensée. Suivant les personnes, le nombre de feuilles qui volent sera plus ou moins important. Quelle que soit la quantité et même la qualité, vous n’avez pas à les « attraper », ni à les analyser, ni même à vous en occuper. Même s’il vous vient une pensée extrêmement spirituelle qui pourrait faire un super article de blog ! C’est ce que j’entends par « qualité ».
Vous laissez tomber les feuilles. Vous choisissez de ne pas vous en (pré)occuper.
Par habitude, vous allez en attraper, c’est sûr. Vous allez vous retrouver avec une pensée qui va vous conduire à une autre, etc. et vous réaliserez au bout de quelques instants que vous étiez partis loin, les bras chargés de feuilles d’automne, et pas où vous le vouliez. C’est tout à fait normal.
Avec la pratique, les pensées-feuilles retomberont au sol. Cela ne signifie pas qu’elles disparaitront, mais qu’elles ne vous décentreront plus comme avant.

L’intériorité est accessible

L’intériorité n’est pas réservée à une élite de plus spirituels que d’autres. Si elle l’était, ce ne serait pas l’invitation de Dieu pour tous.
Ce n’est pas la pratique qui est difficile. C’est nous ! Nous sommes peu habitués au silence, et nous avons aussi tendance à tout complexifier.
Nous voulons tellement faire et ressentir, que nous ne savons plus ce que signifie simplement être.
Mais cette rencontre est vraiment accessible. Ne croyez pas que vous n’êtes « pas fait pour ça ». C’est important de vous le redire avant la pratique. Cela abaisse aussi la pression de devoir faire quelque chose.
Dieu vous attend, tout simplement.
Quel que ce soit ce que vous avez fait juste avant de prendre ce temps : vous mettre en colère, scroller une heure sur votre téléphone, dire des paroles blessantes ou je ne sais quoi d’autre qui pourrait vous laisser penser que les portes du Royaume vous sont fermées. J’ai envie de dire : au contraire. Quoi de mieux que de se recentrer sur l’Essentiel quand on réalise qu’on a raté la cible.

Comment entrer dans ce temps

Même si l’intériorité n’est pas une méthode, certaines pratiques peuvent aider à le vivre. Voici donc quelques conseils.

S’installer et fermer les yeux

Asseyez-vous, sur une chaise, au sol, dans un canapé. Allongez-vous. Mettez-vous à genoux. Voyez la position qui vous aide le plus.
Ce que quelqu’un d’autre fait n’est pas forcément ce qui vous conviendra. Peut-être même que vous aimerez varier jusqu’à trouver la position la plus idéale pour vous.

Vous pouvez aussi poser une main sur votre coeur ou votre ventre de façon à diriger votre attention vers l’intérieur de vous.

Puis fermez les yeux.

Vous pouvez tout à fait commencer en priant, dans votre tête ou à voix haute, en demandant au Bon Berger de vous conduire dans ce temps, qu’Il vous aide à lâcher prise et à abandonner d’y mettre du votre, par exemple.

Vous pouvez également prendre le temps de sentir votre corps, cela permet à certaines personnes de s’ancrer, de se sentir présent.

(Note : peut-être que vous vous endormirez si vous vous allongez, et ce n’est pas bien grave, vous aurez vécu un repos ! Si cela arrive trop souvent, la position assise sur une chaise sera sans doute plus adaptée).

Respirer

La respiration profonde aide à se détendre. C’est vraiment une clé. Quelques minutes de cohérence cardiaque peuvent aider, surtout si vous vous sentez stressé. Mais rien n’est obligatoire.
L’important est d’entrer dans un rythme plus paisible qui invite au repos du corps et du coeur. C’est un temps pour ralentir. Prendre le temps. Sortir de l’agitation, physique et mentale.

Les « béquilles »

Au début, des aides peuvent faciliter la pratique et la transition vers le silence. Elles peuvent aider à avancer petit à petit sur ce chemin.
Mais ce qui aide au début peut, un jour, devenir un frein. La pratique se simplifie naturellement avec le temps.
Je vous en donne deux :

Un fond musical ou des sons naturels

Une musique douce, relaxante, ou des sons naturels (pluie, crépitement de feu, oiseaux) pourront vous permettre de vous détendre ou de défocaliser des pensées. Vous avez des ressources en ligne ou même des applications à installer sur votre téléphone.

Un mot ou une phrase

Certains utilisent un mot ou une courte phrase dans leur tête qui ramène à l’intention : « Tu es là. », « Je vais vers toi. », « En toi. », « Tu habites en moi. », « Présence. ». Certains l’utilisent en même temps que la respiration profonde. Par exemple : « Tu es là » sur l’inspiration ; « Douce présence » sur l’expiration.
Pour ceux qui ont encore quelques craintes au sujet de l’intériorité, cela peut aussi aider à vous rassurer sur Celui que vous allez rencontrez en vous et le fait qu‘Il est votre sécurité. Vous n’allez pas aspirer un mauvais esprit en inspirant profondément alors que vous cherchez simplement à vivre la communion avec le Père.

Ces phrases sont des exemples. Dans tous les cas, ce n’est pas un mantra, ni une formule magique, mais un fil conducteur qui ramène à la Rencontre lorsque les « feuilles d’automne » s’agitent autour de vous. Plutôt que de vous laisser distraire par toutes ces feuilles, vous fixez votre attention sur une courte pensée choisie qui dirige vers la Présence.

Quelle durée ?

Au début, je vous recommande des sessions plutôt courtes, surtout si vous êtes du genre à vous décourager. Puis, avec le temps, vous pourrez les augmenter.
C’est comme si vous vouliez commencer la course à pied et que vous vous fixiez comme objectif dès le départ de courir pendant une heure. Vous allez rapidement vous sentir inadapté alors que c’est l’objectif qui était surestimé.
Alors par exemple, commencez par dix minutes. Puis augmentez à quinze minutes quand vous sentez que cela fait sens. Et ainsi de suite. Il n’y a pas de maximum à atteindre. Vous n’êtes pas dans une recherche de succès lié à une durée.
Parfois même, vous aimerez prendre trois minutes plusieurs fois dans la journée, en vous arrêtant dans vos activités quotidiennes. C’est très bien comme cela aussi.

Mais si vous avez le temps et que vous vous sentez-bien, il n’y a pas de raison d’arrêter !

Nourrir le sujet

Certains aiment aussi commencer par un verset biblique ou quelques lignes d’un auteur qui nourrit la vie intérieure, avant d’entrer dans le silence. Une seule phrase peut parfois aider à ouvrir le cœur et à orienter notre attention vers la Rencontre.

Cela m’arrive parfois, en écoutant un podcast ou en lisant juste une citation, d’avoir une envie qui monte de prendre un temps d’intériorité. Alors je ne peux que vous encourager à nourrir ce désir de Rencontre par vos lectures, que ce soit des passages bibliques ou des livres d’auteurs, anciens ou plus contemporains, qui parlent de ce sujet.

Un séminaire ?

On m’a demandé s’il fallait participer à un séminaire pour apprendre à vivre l’intériorité.
De ma perspective, ce n’est pas indispensable. Tout le monde n’a pas le temps, les moyens ou l’occasion de se rendre dans un monastère, de faire une retraite ou d’aller dans une conférence pour découvrir cette pratique.

Aujourd’hui, il existe de nombreuses ressources accessibles qui permettent de comprendre ce qu’est l’intériorité et qui peuvent aider pour la pratique.

Bien sûr, un séminaire peut être une aide précieuse et un environnement qui favorise la disponibilité intérieure. Mais ce n’est pas une condition. L’intériorité reste, avant tout, une Rencontre qui se vit dans la simplicité, là où nous sommes, et avec là où nous en sommes.

Que vit-on dans ces temps d’intériorité ?

On ne s’attend à rien. Mais cela ne veut pas dire que rien ne se passe.

Ne vous dites pas que parce que vous n’avez « rien vécu », vous êtes passés à côté de l’intériorité. Même si vous en êtes au début de la descente du puits, vous êtes déjà dans la pratique.
Si votre intention est de vivre la Rencontre, alors elle a eu lieu. Vous vous souvenez, on ne cherche pas à ressentir ou à vivre des expériences. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas en vivre.
Dieu agit toujours et cela souvent de manière imperceptible. C’est une bonne nouvelle ! Et justement, il fait toutes choses nouvelles.
Et un jour, il y aura peut-être une expérience plus marquante qui vous confirmera que vous avancez. Mais ce n’est pas ce qui compte.
D’ailleurs, l’un des travers de ces expériences marquantes est que l’on peut être tenté de vouloir les revivre. Alors, là encore, il faudra s’abandonner à nouveau dans le désir de la simple communion.
Il est aussi possible que certains trouvent difficile la descente du puits. En effet, nous pouvons nous retrouver face à des parts d’ombre qu’il n’est pas toujours agréable de découvrir et de traverser. Ce sont comme des pierres à ôter pour atteindre l’eau du puits. Alors cela reste une bonne nouvelle aussi. Ne fuyez pas !

Ce qui change au fur et à mesure

– La conscience de la Présence en nous.

– La facilité à revenir au lieu intérieur.

– Moins de déstabilisation face aux pensées.

– Moins de besoin d’aides extérieures.

– Plus de paix, durable, simple, réelle.

Bien sûr, la pratique de l’intériorité amène à porter plus de fruits au fur et à mesure de la marche. Dieu travaille en nous et le coeur s’élargit. Nous devenons plus conscient, et nous avons des prises de conscience. En prenant soin de la Lumière intérieure, elle se manifeste de plus en plus à l’extérieur.

Conclusion

Cette série d’article est terminée.

Je vous laisse en vous rappelant qu’entrer dans le Royaume au-dedans, c’est apprendre à venir là où Dieu réside déjà.
C’est choisir, encore et encore, la Rencontre. C’est apprendre le silence, accueillir la Présence, et se laisser transformer dans la douceur.

Ce n’est pas un chemin spectaculaire. C’est un chemin simple. Et il est ouvert à chacun !
Si vous souhaitez compléter cet article ou poser des questions, n’hésitez pas à les laisser en commentaires.

« Vers Dieu seul, mon âme est en immobilité silencieuse ; de Lui vient mon salut. » Psaume 62:2

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