Après le premier article qui éclairait, je l’espère, ce qui se cache derrière le mot « intériorité », avançons ensemble sur sa pratique et ce qui peut nous en bloquer l’accès.
L’orgueil
De ma perspective, l’orgueil, surtout dans sa forme religieuse, est sans doute l’une des barrières les plus fortes.
Si l’intériorité est perçue comme une illusion, une dérive, une séduction spirituelle, nous posons un voile sur cette expérience. Cela n’empêche pas toute relation avec Dieu, bien sûr, mais c’est comme une porte fermée à une communion plus profonde dans le coeur.
Comment ne pas penser aux paroles de Jésus aux pharisiens qui se sont fait propriétaires du savoir spirituel :
« Malheur à vous, docteurs de la loi ! Parce que vous avez enlevé la clef de la connaissance ; vous n’êtes pas entrés vous-mêmes, et vous avez empêché ceux qui entraient. » (Luc 11:52)
Il n’est pas question ici d’une connaissance intellectuelle. D’ailleurs la version Chouraqui le traduit par « la clé de la pénétration ».
Les pharisiens sont convaincus de détenir l’entière vérité sur Dieu, sans pourtant vivre depuis l’expérience du coeur. Et sans le vouloir, ils ferment le passage à ceux qui cherchent à rencontrer Dieu au-delà du poids de la religion.
Chez d’autres, l’orgueil peut aussi prendre une forme plus subtile : croire qu’on le vit déjà. Nous aimons tant avoir « compris », être de ceux qui « vivent déjà ça ». L’orgueil est le reflet d’une insécurité : la peur d’être « inférieur », le désir inavoué de se sentir supérieur aux autres…
Des personnes se disent aussi : « Si c’était vrai, Dieu m’en aurait déjà parlé. Je prie, je jeûne, je lis ma bible chaque jour, je prophétise, je le loue, j’ai une relation avec lui. Pourquoi Dieu parlerait de cette façon à d’autres, alors qu’il ne l’a pas fait avec moi ? C’est forcément l’autre qui est dans l’erreur. »
Il nous faut une disposition de coeur qui se sait en besoin, qui accepte de se délester de tout concept, de toute tradition, de tout son savoir.
Même dans la pratique de l’intériorité, retournons-y sans espérer revivre ceci ou atteindre cela dont l’autre a pu témoigner.
En fait, il nous faut venir chaque fois nu. C’est à dire dépouillé de nos certitudes et de nos expériences passées pour être revêtus, recouverts.
Ce passage fait écho :
« Parce que tu dis : Je suis riche, je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien, et parce que tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu, je te conseille d’acheter de moi de l’or éprouvé par le feu, afin que tu deviennes riche, et des vêtements blancs pour te vêtir et ne pas laisser paraître la honte de ta nudité, et un collyre pour oindre tes yeux, afin que tu voies. » (Apocalypse 3:17-18)
Combien de fois ignore-t-on notre pauvreté et notre aveuglement ?
Même si nos bouches déclarent que nous ne sommes qu’en chemin, nous nous pensons déjà arrivés.
Nous pensons tellement connaître Dieu.
Pourtant c’est en laissant tomber les illusions de savoir ou de suffisance que nous pouvons être éclairés.
La pratique de l’intériorité ne peut que conduire à l’humilité.
Plus on avance, plus on a le sentiment de ne rien savoir. Et plus on comprend que rien de ce que nous faisons par nous-mêmes ne porte véritablement de fruit.
Chercher le Royaume au-dedans, c’est donc marcher sur un chemin d’humilité. Et si notre quête ne produit pas ce fruit-là (qui est progressif, donc « de plus en plus » d’humilité et de « moins en moins » d’orgueil), alors peut-être ne cherchons-nous pas encore au bon endroit.
La peur
La peur est une autre barrière, et elle peut provenir de plusieurs endroits.
Il y a la peur de se tromper ou la peur de « se perdre ». Si nous avons entendu dire que la pratique de l’intériorité est un enseignement trompeur, on ne va pas oser l’approcher. Ou alors, parce que nous ressentons une grande soif, on va peut-être vouloir l’expérimenter, mais avec des freins intérieurs.
Dans certains milieux, on met tant l’accent sur le diable et les démons, qu’on finit par craindre qu’ils puissent prendre possession de nous si on s’aventure dans des pratiques jugées par certains comme « non bibliques ». Mais l’intériorité est biblique ! Et cette peur, souvent sincère, nous coupe de la confiance à avoir en notre Père.
Peut-il y avoir des dérives dans la recherche spirituelle ? Oui, bien sûr. La sorcellerie ou les sectes en sont des exemples. Et cela peut arriver dans n’importe quel courant religieux, aussi bien dans des milieux charismatiques que dans d’autres.
Si notre désir est de trouver le Royaume au-dedans de nous avec humilité, de communier avec notre Créateur sans chercher des expériences spectaculaires, alors soyons rassurés : le Bon Berger sait comment nous conduire vers les verts pâturages du Psaume 23.
Il existe une autre peur : celle de ne pas y arriver. Certains vont même « fuir » la pratique par peur de l’échec.
Lorsque nous faisions des exercices prophétiques dans l’église que j’ai longtemps fréquentée, on avait beau me dire que tout le monde pouvait prophétiser, je n’avais pas encore compris comment Dieu pouvait me parler. Puis, lorsque j’ai perçu de quelle façon il pouvait s’adresser à moi, tout est devenu de plus en plus naturel.
Dans la pratique de l’intériorité, il en va de même. On peut craindre de ne pas réussir à faire le silence dans ses pensées. Mais ce n’est pas le coeur de l’enseignement. Il s’agit d’apprendre à ne plus se laisser dominer par nos pensées et entrer dans le Silence de Dieu.
La peur de l’échec peut donc faire partie de ces craintes qui nous bloquent. Nous sommes souvent habitués à la performance, à la comparaison. On peut aussi se souvenir des « échecs » de nos autres tentatives spirituelles : difficulté à jeuner, à lire la bible, à prier… Nous calquons alors ces expériences sur la pratique de l’intériorité.
Mais j’ai une bonne nouvelle ! L’intériorité n’est pas une discipline à réussir ! C’est la Présence à accueillir !
Le contrôle
J’aborde ce point dans le podcast « Rencontrer Dieu au coeur du silence », et j’aimerais y revenir brièvement ici.
Nous ne nous rendons pas compte à quel point il nous est difficile de lâcher prise. Oui, l’expression peut sembler à la mode, mais c’est tout de même une réalité.
Nous cherchons à contrôler notre vie, celle des autres, nos émotions, nos résultats… Bien souvent inconsciemment. Et sans le réaliser, nous cherchons parfois aussi à contrôler la pratique même de l’intériorité.
C’est souvent la peur qui nous pousse à vouloir contrôler, à « faire des efforts ».
Dans le passage « Efforcez-vous d’entrer dans son repos » (Hebreux 4:11), le verbe grec ne veut pas dire « forcer ». En réalité, il exprime l’idée de se hâter, de s’appliquer à, de prendre à coeur. C’est un empressement intérieur, un « effort de vigilance intérieure », et non pas une performance.
Nous sommes en fait invités à un « effort » d’un autre genre : celui d’abandonner.
Relâcher la tension du faire.
Décrisper.
Respirer.
C’est s’appliquer à la confiance, à l’abandon à la présence du Père.
Il m’invite à le laisser Être dans mon être.
Dans la pratique de l’intériorité, par habitude, nous pouvons avoir tendance à vouloir encore maitriser le rythme, le résultat, le ressenti, et même la manière dont Dieu agit.
Imaginez la porte du Royaume en vous. Lorsque vous contrôlez, c’est finalement comme si vous tiriez sur la poignée de la porte, empêchant ainsi son ouverture. La porte s’ouvrira devant ceux qui frappent et qui lâchent.
Il est dit : « Frappez, et l’on vous ouvrira », et non pas « Frappez, puis ouvrez ».
Nous ne cherchons rien à prouver ni à produire. Quel repos !
L’impatience
Nous vivons dans une société où tout va tellement vite, que nous ne sommes plus habitués à ce que les choses prennent du temps.
Nous essayons la pratique de l’intériorité, et comme le plus souvent nous ne voyons pas de fruit immédiat, il peut-être tentant de vouloir laisser tomber la pratique.
Imaginez ! Vous étiez presque arrivés à l’eau du puits, vous ne le saviez pas, et vous êtes finalement remontés !
La lassitude
La lassitude peut être une barrière tout autant qu’une brèche.
Si elle découle de l’impatience citée précédemment, elle devient un frein. Nous pouvons nous sentir frustrés parce qu’on a le sentiment de ne rien vivre, ou alors de manquer des mouvements charismatiques habituels pour certains.
Si elle provient d’une fatigue profonde liée à la façon dont nous avons vécu notre relation à Dieu jusqu’ici, alors elle devient au contraire une ouverture. C’est souvent dans ce découragement que nous relâchons tout effort et que la porte s’ouvre enfin.
Il y a certainement d’autres barrières possibles, mais j’espère que ces quelques points vous permettront de discerner ce qui, en vous, peut encore bloquer dans la pratique de l’intériorité.
Dans le prochain article, je vous proposerai quelques pistes pour la pratique.



Merci pour ce nouveau partage.
Une aide précieuse sur le chemin vers l’interiorite.
Merci pour ce partage très précieux qui nous aide à identifier les obstacles à la pratique de l’intériorité.